Aménagement des espaces éducatifs
Classe de demain

Primaire

Un Fablab à l’école de @TablettesetPirouettes

10 novembre 2021

Delphine est enseignante dans une classe de CM1-CM2 dans la Marne. Passionnée de technologie et de techniques de fabrication en tous genres, elle partage ses idées et trouvailles sur son compte Instagram @tablettesetpirouettes. Dans son école, elle a commencé il y a trois ans à monter un Fablab, d’abord pour ses élèves, puis ceux des autres classes de l’établissement. Elle revient avec nous sur les aménagements à prévoir pour installer un espace de fabrication à l’école, qui développe la créativité des enfants, leur autonomie et leur compréhension du fonctionnement des objets qui les entourent. 

 

Quand et comment avez-vous eu l’idée de lancer un Fablab en classe ?   

Cela fait trois ans que le Fablab est en place dans l’école, dans une salle spécifique. Mais j’ai commencé avec un « Maker Space » au sein de ma propre classe il y a trois ans déjà. C’était une classe de CE2-CM1, dans laquelle j’ai installé ce Maker Space pour stimuler la créativité des enfants et faire de la pédagogie de projet avec eux. A ce moment-là, j’avais juste des étagères sur lesquelles on posait tous nos objets de « récup » : bouteilles et bouchons pour faire des voitures, par exemple. Le but était tout simplement de développer l’envie de créer, ne serait-ce qu’un pot à crayons, et de comprendre comment on fabrique les choses. Rapidement, j’ai ajouté à cet espace de fabrication une imprimante 3D.  

Le réseau Canopé Grand Est m’a proposé de participer au projet « Fab Lab à l’Ecole » (initié par la Cité des Sciences). J’ai dans ce cadre participé à une formation, avec dix autres écoles primaires. Chaque école a reçu un kit, composé d’une imprimante 3D, d’une machine à coudre, de cartes de programmation, d’une scie à chantourner, d’une perceuse à colonne et d’une découpeuse numérique.  

 

Du coup, votre salle de classe devenait vraiment petite pour accueillir tout ce matériel...  

Oui ! Il a fallu aménager un espace dédié au Fablab dans l’école, plus spacieux et ouvert à d’autres classes. Nous avons une salle multi activités de 110 mètres carrés : nous y avons installé notre Fablab, qui en occupe environ 30 m2. Ce qui prend le plus de place, c’est l’imprimante 3D et la découpeuse. La scie est rangée dans un meuble fermé.  

Selon votre expérience, de quelle surface a-t-on besoin pour installer un Fablab dans une école primaire ?  
Je dirais que 30 m2, c’est déjà bien, surtout si l’on peut travailler en petit groupe.  Si l’on doit travailler en classe entière, on est plus à l’aise dans 50 m2 évidemment. L’idée est d’adapter le nombre d’élèves à l’espace disponible.   

 

Quels aménagements et mobilier avez-vous mis en place pour votre Fablab ?  


Je vais déjà vous dire ce qu’on pourrait utiliser dans l’idéal :  

  • Un ilot central, autour duquel s’installer et dans lequel serait stocké le matériel,  
  • Des meubles à tiroirs avec des bacs,  
  • Des établis et des tables hautes pour travailler debout, ce qui est beaucoup plus pratique !  
  • Et surtout, du mobilier modulable : des chaises et des tables à roulettes notamment, précisément pour modifier l’espace selon les besoins. Quand un groupe a fini son travail dans le fablab, c’est plus simple de tout remettre en place avant l’arrivée du groupe suivant. 

Mais retour à la réalité : de notre côté, nous n’avons pas tout ça et ça marche quand même très bien ! Nous fonctionnons beaucoup avec de la « récup » : des étagères de bibliothèque où sont rangés les ustensiles ; des boites de ramettes de papier où stocker les matériaux... Nous avons une table de six places : ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour clouer et découper, mais c’est déjà bien. J’ai pu acheter des tables basses pour que les enfants puissent travailler assis au sol quand c’est pertinent. Il y a un espace sans tables, avec des fauteuils pour s’assoir avec une tablette par exemple.  

J’ai aussi installé un mur à idées dans la classe : on affiche les projets sur des étiquettes (que nous avons confectionnées nous-mêmes bien sûr !). Les enfants peuvent ajouter leurs idées sur le mur, pour toujours avoir un projet sur lequel travailler.  

 

Comment procédez-vous à l’organisation de l’espace dans le Fablab ?  

En partant d’abord des projets que l’on va y mener. Les enfants choisissent le projet qu’ils vont réaliser dans les mois à venir : par exemple, fabriquer un vaisseau spatial façon Guerre des Étoiles, ou confectionner un sac à main... Nous tenons compte de ces choix pour aménager des micro-espaces au sein du Fablab. Par exemple, on pense à installer un plan de travail à proximité des prises électriques, pour pouvoir utiliser la machine à coudre.  

 

Quel conseil préalable donneriez-vous à un ou une enseignante qui réfléchit à l’aménagement d’un Fablab ? 

De ne pas commencer par réfléchir en termes de budget. C’est sûr que la question se posera, mais l’essentiel pour démarrer, c’est de pratiquer, d’avoir des idées et un projet pédagogique autour du Fablab. La mise en place est progressive, on trouve des solutions au fur et à mesure que les problématiques se révèlent. C’est comme la classe flexible, finalement : elle se crée avec des idées ou des pratiques avant de trouver les solutions. Si l’on ne commence pas par initier des pratiques, on aura beau avoir un budget conséquent, ça ne marchera pas ! 

 

Vous dites sur votre blog « Je suis très attachée aux usages pédagogiques du numériques ». Dans quelle mesure le numérique est-il intégré dans le Fablab ? 

Beaucoup de choses sont numériques dans le Fablab. Il y a les outils de conception 3D, la découpeuse vinyle, le logiciel de dessin numérique pour la découpe... et aussi tout ce qui a trait à la programmation, bien sûr. Il y a bien sûr aussi des activités manuelles comme la couture par exemple. A l’école, tout notre équipement numérique est partagé, on a une flotte de tablettes, stockées dans des malles de recharges.  

 

Qu’est-ce que le Fablab apporte aujourd’hui à vos élèves ?  

Disons d’abord qu’ils y sont très attachés. Cette année, je suis dans une classe à double niveau (CM1-CM2) et j’ai quatre élèves de l’an passé. La première chose qu’ils m’ont demandée à la rentrée, c’est : « Est-ce qu’on ira au Fablab cette année ? » (Rire) 

Ensuite, je dirais que le Fablab permet de mettre en pratique de manière ludique les savoirs théoriques que l’on apprend en classe. Par exemple, plusieurs élèves voulaient créer un sac à main : elles l’ont conçu elles-mêmes, en commençant par un patron composé de formes géométriques. Quand on utilise les logiciels de modélisation en 3D, les enfants visualisent bien certaines figures. Ils apprennent aussi de leurs erreurs, de manière très concrète : un élève voulait fabriquer un panneau « Ne pas déranger » pour sa chambre. Il n’a pas entré les bonnes mesures et a vu dans la réalité que cela ne passait pas. C’est bien aussi de les laisser aller au bout de leur geste, même s’ils se trompent. C’est très instructif pour eux.  

 

A partir de quelle classe le Fablab est particulièrement adapté ?  

Je dirais vers 8 ans, à partir du CE2. Mais c’est vraiment très bien en CM1 et CM2.  

J’ai remarqué que les enfants sont capables de rester concentrés plus longtemps dans le Fablab qu’ailleurs en classe. On passe au Fablab en général une demi-journée. Pendant cette période, les enfants me demandent parfois de ne pas aller en récré. Ils sont pleinement concentrés. Ils ne veulent pas perdre les 20 minutes nécessaires à la finalisation d’un projet, par exemple. Il faut dire aussi que dans le Fablab, sur un même atelier, on fait des choses différentes, cela aide à rester en éveil. Aussi, les enfants peuvent mener plusieurs projets de front : par exemple, pendant qu’ils attendent la fin de l’impression 3D d’un objet, ils peuvent passer à une autre activité. C’est plutôt bon pour leur donner le sens de l’organisation ! 

Que pensez-vous des FabLabs ? Pensez-vous que vos élèves aimeraient en avoir un ?

>> Lire aussi : Fablabs : espaces d’apprentissage innovants et pédagogies actives

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