Interdiction du portable au lycée : ce qui change et comment anticiper l'aménagement ?
En janvier, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi qui étend l'interdiction du téléphone portable aux lycées. Après les écoles et collèges, c'est au tour du secondaire supérieur d'encadrer strictement l'usage des smartphones. Mais contrairement à ce qu'on lit parfois, il ne s'agit pas d'une interdiction totale. Le texte prévoit un cadre national avec une marge de manœuvre locale. Pour les chefs d'établissement et les équipes pédagogiques, c'est le moment d'anticiper les aménagements nécessaires avant la rentrée. Décryptage.
Ce que dit vraiment la loi : interdiction avec zone autorisée
Le texte adopté ne pose pas une interdiction absolue dans toute l'enceinte du lycée. Le principe : interdire sauf dans une zone définie. L'amendement voté impose que les lycées précisent dans leur règlement intérieur "les lieux et les conditions d'utilisation" des téléphones portables. Concrètement, l'usage est interdit dans les salles de classe, les couloirs, la cantine, les espaces communs sauf dans une zone spécifiquement identifiée de la cour. Cette zone obligatoire répond à un objectif simple : éviter que les élèves sortent de l'établissement pour utiliser leur téléphone.
Les dérogations prévues
Le directeur général de l'enseignement scolaire a précisé qu'il y aurait des exceptions notamment lors d’usages pédagogiques encadrés (application éducative, recherche documentaire…) ou de situations d'urgence avec un besoin de communication rapide auprès des familles.
Pourquoi cette loi ?
Début 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire a publié un rapport pointant les effets graves des réseaux sociaux et de la surexposition aux écrans sur les adolescents : cyberharcèlement, anxiété et dépression, exposition à des contenus violents ou sexuels inappropriés, troubles du sommeil et addiction. Cette alerte sanitaire a accéléré le vote de la loi en lien avec l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Comment anticiper l'aménagement de votre lycée ?
Voici les questions concrètes à traiter dès maintenant pour anticiper la rentrée de septembre.
Définir la zone autorisée dans la cour
Premier chantier : identifier où les élèves pourront utiliser leur téléphone. Cette zone doit être clairement délimitée, surveillable et suffisamment grande pour accueillir les élèves qui veulent passer un appel ou envoyer un message
Choisir le système de collecte et de rangement
La vraie question matérielle : où ranger les téléphones le reste du temps ? Plusieurs solutions existent, à adapter selon la taille de l'établissement et le budget disponible.
· Les casiers individuels sécurisés : Solution idéale pour les grands lycées. Chaque élève dispose d'un casier fermé à clé. Il dépose son téléphone en arrivant, le récupère en partant ou pendant les pauses autorisées dans la zone dédiée.
· Les réceptacles communs par classe : Solution plus économique avec des boîtes, bacs ou pochettes où les élèves déposent leur téléphone en début de cours. L'enseignant garde un contrôle visuel, les appareils restent accessibles en cas d'urgence.
· Les casiers de recharge pour les usages pédagogiques : Certains lycées font le choix d'armoires de recharge qui stockent et rechargent les téléphones. Utile quand les smartphones servent régulièrement en classe pour des activités pédagogiques encadrées.
· Les solutions mobiles pour les activités extérieures : Pour les cours de sport, les sorties scolaires, les déplacements : des caissons mobiles ou valises de transport permettent de regrouper les appareils et de les transporter facilement.
Les erreurs à éviter dans la mise en place
Les retours des lycées ayant déjà expérimenté le dispositif montrent que sa réussite repose avant tout sur l’anticipation. Première erreur : négliger la communication. Sans explication claire dès la rentrée sur les enjeux de santé mentale et de climat scolaire, l’adhésion des élèves et des familles est fragilisée.
Autre erreur, sous-estimer le rôle de la vie scolaire. Les CPE sont en première ligne et doivent disposer de moyens humains, de procédures claires et de référents identifiés pour éviter toute surcharge. Le choix du matériel est également déterminant : des équipements inadaptés ou peu robustes se révèlent rapidement contre-productifs.
Au-delà de la contrainte légale, cette interdiction peut devenir une opportunité pédagogique. De nombreux directeurs d'établissements ayant testé le dispositif "Portable en pause" au collège affirment qu'ils continueraient même sans obligation légale. Au lycée, l'enjeu est de trouver le bon équilibre. À vous de construire le dispositif qui correspond à votre établissement, à vos élèves et à votre projet éducatif.




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