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Camille Postollec, enseignante en CM1-CM2 : « Plus j’avance, plus je suis convaincue par la classe flexible »

20 janvier 2020
Témoignages

Camille Postollec est enseignante en CM1-CM2 à l’école du Lézardeau. Il y a environ trois ans, elle a commencé à sortir du modèle de la classe traditionnelle, pour se diriger vers celui de la classe flexible. Elle revient avec nous sur son expérience, son ressenti et celui de ses élèves vis-à-vis de cet aménagement, que les enfants décrivent comme «  différent de celui des autres classes ». Quels points positifs émergent de cette organisation de l’espace, que Mme Postollec tient plus que jamais à poursuivre ? Perçoit-elle, malgré tout, des limites à la classe flexible, concernant l’apprentissage et le bien-être des élèves ? Nous dressons avec elle un premier bilan.

Pouvez-vous nous raconter votre cheminement vers la classe flexible ?

Je suis sortie de la classe traditionnelle depuis deux ou trois ans mais je considère que je suis encore loin de la classe « 100 % flexible » ! Disons que je m’oriente vers ce type d’espace d’apprentissage, notamment en m’appuyant sur le travail en atelier et des micro-zones dédiées aux compétences. Actuellement, je considère que je suis en classe semi-flexible.

Ma salle est assez petite, ce qui ne facilite pas les choses pour multiplier les zones d’activité en classe… Du coup, j’ai créé de petits espaces pour chaque activité ou compétence. Parfois il s’agit d’un seul meuble : on y range, dans des tiroirs, les éléments nécessaires à l’activité concernée. Les enfants vont facilement y chercher ce dont ils ont besoin. Chacun de ces petits espaces représente un « centre » : il y a le « centre des mots », le « centre des maths », celui des langues, celui de l’informatique, etc. Il y a aussi un « centre de détente », avec un tapis.

Quel matériel avez-vous utilisé pour aménager au fur et à mesure votre espace flexible?

Je me suis équipée d’un canapé, de ballons et de tapis pour s’asseoir au sol. J’ai aussi installé des élastiques sur les tables pour les enfants qui ont besoin de bouger les jambes.  Et pour limiter le bruit dans la classe, on a glissé aux extrémités des pieds de chaises des balles de tennis fendues (je souligne que cette astuce est valable dans toutes les classes, flexibles ou pas !)

Enfin, suite au concours de dessin organisé par Classe de Demain, nous avons gagné du matériel d’aménagement scolaire flexible professionnel, que nous allons distribuer dans plusieurs classes. Nous avons particulièrement adoré les Ztools et les meubles de rangement, que j’utilise maintenant pour les centres d’activité que j’évoquais tout à l’heure. Les enfants aiment énormément les tabourets mobiles. En ce début d’année scolaire, j’ai d’abord tenté d’organiser l’espace en restant le plus fidèle possible au dessin imaginé par les enfants pour le concours. Puis on a modifié l’aménagement, suite à des discussions avec eux.

Vos élèves semblent très impliqués dans l’aménagement de la classe, comment faites-vous pour les aider à exprimer leur ressenti et leurs besoins sur ces questions ? Et surtout, comment collecter leurs remarques de manière efficace, sans que cela ne parte dans tous les sens ?

Ils sont impliqués, oui. Je suis d’abord attentive à ce qu’ils expriment en général pendant la classe sur ce sujet. Mais surtout, nous avons chaque matin un temps « d’accueil », qui peut être consacré aux questions et réflexions des enfants sur le fonctionnement de la classe, et en particulier sur son aménagement. S’ils n’osent pas faire certaines remarques devant leurs camarades, ils peuvent les écrire sur un papier qu’ils glissent dans une boite aux lettres prévue à cet effet. Je la consulte tous les jours. Cependant, ce temps d’accueil peut aussi être dédié à la présentation par un enfant de quelque chose d’important pour lui, un projet qu’il mène par exemple.  

Percevez-vous une limite à la classe flexible, en termes d’apprentissage, de comportement ou de bien-être des enfants ?

J’ai remarqué que certains enfants ont besoin d’avoir un espace plus traditionnel à leur disposition. Suite à mes discussions avec eux, nous avons par exemple changé la disposition des tables et surtout ajouté des tables supplémentaires. En effet, en début d’année, je n’avais pas installé un nombre de tables équivalent au nombre d’élèves dans la classe, pour garder un espace plus ouvert. Mais j’ai réalisé que certains enfants avaient besoin chaque matin de retrouver leur place « attitrée », leur espace personnel. Alors nous sommes allés rechercher les tables que nous avions rangées ! Nous les avons réunies en ilots. Ces changements ont été apportés à peine un mois après la rentrée. Je me rends compte que pour certains élèves qui ne connaissent pas la classe flexible, ce type d’aménagement peut être un peu déstabilisant, il faut trouver le juste équilibre. Retrouvez le guide "Les premiers pas en aménagement flexible" pour en savoir plus.

Et concernant le travail de l’enseignant lui-même ? Y a-t-il des points négatifs à la classe flexible ?

Je dirais qu’aménager une classe flexible, qui suppose de mettre les enfants en autonomie, ça ne s’improvise pas… Par exemple, je travaille selon le dispositif d’évaluation par les ceintures de compétences. Je prépare ce dispositif pendant les vacances d’été, pour qu’à la rentrée, tout soit prêt jusqu’à la fin de l’année. Il y a bien une quinzaine de jours à consacrer entièrement à la préparation de la classe et à l’organisation, sans compter la finalisation de certains outils comme les cartes plastifiées par exemple. A part ça, je reste en veille permanente pour m’inspirer des expériences que les autres partagent concernant la classe flexible. Bref, la classe flexible représente un gros investissement personnel (mais c’est la réalité de la plupart des enseignants de toute façon, classe flexible ou pas...)

Quels points positifs de la classe flexible voudriez-vous souligner ?

Pour moi le bilan de la classe flexible est vraiment très positif, notamment parce qu’il rend l’enfant « acteur » de son travail dans la classe. Il s’engage réellement dans ses apprentissages, et ça, ça n’a pas de prix ! Sur ce point, le fait de les laisser choisir leur type d’assise est crucial : décider de s’installer ici ou là pour faire telle ou telle activité, c’est un élément clé pour les responsabiliser. Je note que le Ztool est particulièrement adapté à cette problématique car il leur permet de s’installer véritablement là où ils veulent, toujours de manière confortable.

Par ailleurs, ils perçoivent bien que leur classe est différente des autres, et ça génère chez eux un sentiment de fierté, tout comme le fait de bénéficier d’une certaine autonomie : je leur donne une relative liberté de déplacement. Ils peuvent aller dehors pour travailler. S’ils se dispersent, ils se réinstallent à une place plus traditionnelle le temps de revenir au calme. Mais honnêtement, ça ne part jamais « dans tous les sens ». Plus j’avance vers ce type d’espaces et d’organisation en ateliers, plus les enfants se calment et se responsabilisent… et plus je suis convaincue du bien-fondé de la classe flexible.

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