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Rencontre avec Gwladys Duchanois, enseignante en français, histoire et géographie au lycée et pionnière de la classe flexible en lycée professionnel

6 janvier 2020
Témoignages

Après une première année de classe flexible, Gwladys Duchanois raconte son expérience au sein du lycée professionnel d’Edgar Faure à Morteau (Doubs). Bilan des succès et des difficultés de cette nouvelle approche pédagogique.

Quand avez-vous expérimenté pour la première fois la classe flexible ?

J'ai mis en place ma première classe flexible en 2018 après sept ans d'enseignement traditionnel. Je me sentais très mal à l'aise avec la pédagogie frontale. Être regardée « comme le messie » par 30 élèves assis en face de moi me gênait beaucoup. Je multipliais d'ailleurs les projets hors les murs de la classe, en utilisant notamment beaucoup le CDI. À la rentrée 2018, j'ai mis en œuvre la flexibilité dans ma classe du lycée professionnel de Montciel, à Lons-le-Saunier.

Retrouvez un autre témoignage en classe flexible au sein d'un collège, ici

Comment cela se concrétise-t-il dans votre classe ?

En septembre 2019, j'ai intégré le lycée professionnel Edgard Faure où j'enseigne en seconde bac professionnel (en tant que professeure principale), la terminale bac professionnel et la formation CAP. Ma nouvelle direction m'a totalement soutenue dans ce second projet. Comme à Lons, j'ai utilisé du mobilier de récupération pour créer différents espaces : l'un constitué de sept îlots pouvant accueillir chacun quatre élèves pour le travail en groupe ; un autre, en fond de classe, équipé d'un tapis de sol, de poufs, d'oreillers où les élèves peuvent travailler en position semi-allongée ; un espace « lecture plaisir » avec deux fauteuils, où l'on trouve aussi bien des mangas que des classiques ; au centre de la classe, un espace autogéré par les élèves, organisé autour d'un mange-debout. J'ai aussi un poste informatique, mais la plupart des élèves utilisent leurs mobiles.

Retrouvez dans notre boite à outils, des fiches outils explicatives sur les assises dynamique et relax, ici

Comment se déroulent vos cours ?

La classe flexible est un concept importé du Canada. Elle se décompose en plusieurs temps. Nous prenons d'abord cinq minutes pour fixer la mission du jour : la compétence à acquérir, l'objectif à atteindre. Puis vient le « think » : les élèves prennent connaissances des questions qui leur sont posées, étudient les supports de cours à leur disposition. Ils ont le choix entre deux niveaux de parcours basés sur des questions simples ou plus ouvertes. En phase « pair », ils peuvent collaborer entre eux, mais n'y sont pas obligés. La phase « share » conclut le cours. Il s'agit d'un partage oral du travail accompli. Nous en faisons une restitution écrite au tableau. Au final, même si j'interviens pour compléter ou corriger certains points, on peut dire que ce sont les élèves qui construisent le cours !

Vous avez également recours à l'affichage...

Oui, les élèves partagent leurs travaux via des cartes mentales et du sketchnoting, des outils à la fois fédérateurs et créatifs qui les libèrent de la pression de l'écrit. J'ai dans mes classes beaucoup de jeunes qui ont connu de grandes difficultés scolaires, souvent orientés par défaut vers nos filières. Ces méthodes leur permettent de reprendre confiance. Personnellement, le message que j'essaye de faire passer est le suivant : « On apprend de ses erreurs. Se tromper n'est pas grave, ce qui est grave c'est de ne pas essayer. » J'ai également affiché un « arbre de l'apprendre ». Chaque jour, j'invite mes élèves à accrocher un post-it « Aujourd'hui, j'ai appris... » sur l'une de ses branches. L'arbre est déjà recouvert quelques semaines après la rentrée ! J'ai été très émue, dernièrement, lorsqu'un jeune de seconde a noté : « Aujourd'hui, j'ai appris que je n'étais pas bête ! »

Après une année d'expérimentation, quels résultats observez-vous ?

J'ai en face de moi des élèves souriants, qui disent apprendre sans avoir l'impression de travailler ! Le climat de la classe est très serein, très apaisé alors même que la discipline est souvent le problème numéro un des enseignants dans ces classes réputées difficiles. Je n'ai pas d'absentéisme, mes élèves retrouvent une estime de soi, sont plus persévérants, développent leurs compétences sociales et ont finalement de biens meilleurs résultats !

Avez-vous néanmoins rencontré des difficultés ?

Le travail en équipe génère forcément davantage de bruit. Il faut apprendre aux élèves à échanger à voix basse et à ne pas déranger les classes « traditionnelles » lorsqu'ils sortent dans le couloir faire une pause. Mais ces désagréments restent marginaux.

Quel regard portent vos collègues enseignants et les parents d'élèves sur cette méthode ?

Elle suscite beaucoup de curiosité, de l'enthousiasme, mais parfois aussi du scepticisme. Des parents craignent que leurs enfants ne travaillent pas assez. De leur côté, certains enseignants redoutent, avec ce type de pédagogie, de perdre le contrôle de leur classe. D'autres sont tout simplement très attachés à leur position de sachant. L'enseignement frontal est une tradition ancienne dans notre pays, à laquelle il est difficile de renoncer même si elle ne correspond à l'évidence pas à certains publics, notamment celui des élèves en difficulté. À ceux-là il faut proposer autre chose !

Un conseil à donner aux enseignants tentés par la classe flexible ?

Oui, prévoir des temps de cours de deux heures. La classe flexible est aussi un temps flexible, avec des moments de réflexion, des moments de pause, des moments de partage. Il faut donc disposer de suffisamment de temps devant soi pour arriver à l'objectif.

Crédits Photos : Glawdys Duchanois

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